Burn-out : mieux définir pour mieux agir

Le burn-out au travail est aujourd’hui l’une des principales problématiques de santé en entreprise. Pourtant, sa définition reste encore floue et débattue.

À partir des travaux présentés par la Professeure Irina Guseva Canu lors du colloque « Aimer son travail nuit-il à la santé ? » (Université de Fribourg, 2025), cet article propose une lecture scientifique du burn-out : définition, symptômes, stades d’évolution et pistes de prévention.

Qu’est-ce que le burn-out ? Une définition encore floue

Avec 142 définitions recensées en 2018, le burn-out reste un concept difficile à stabiliser. Malgré les nombreuses tentatives de clarification, la recherche s’est longtemps appuyée sur des descriptions hétérogènes, sans base véritablement standardisée. Cette absence de consensus contribue à entretenir une confusion persistante, tant dans le monde scientifique que dans les pratiques professionnelles.

La définition du burn-out selon l’OMS

Selon la Classification internationale des maladies (CIM-11), le burn-out est défini comme un syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès. Il se manifeste par une combinaison de trois dimensions : un épuisement marqué, une prise de distance vis-à-vis du travail — parfois teintée de cynisme — et une diminution de l’efficacité professionnelle.

Il est important de noter que l’OMS ne le classe pas comme une maladie, mais comme une raison de consultation. Cette position contribue à maintenir une forme d’ambiguïté autour de son statut.

Une reconnaissance encore inégale

Du point de vue médical, certaines nomenclatures comme la SNOMED CT décrivent le burn-out comme un état d’épuisement physique et émotionnel pouvant être observé cliniquement. Malgré cela, sa reconnaissance institutionnelle varie fortement selon les pays.

En Europe, une partie seulement des États le reconnaît comme maladie professionnelle, ce qui reflète les divergences persistantes dans la manière d’appréhender ce phénomène (https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6885602/).

Un processus progressif, souvent invisible

Le burn-out ne survient pas de manière brutale. Il s’installe progressivement, souvent chez des personnes fortement investies dans leur travail et confrontées à un déséquilibre durable entre engagement et reconnaissance.

On observe généralement une évolution en plusieurs phases, allant d’un état initial encore réversible à des formes plus sévères nécessitant un arrêt de travail prolongé, voire plusieurs années de récupération. Cette progression lente contribue à rendre le phénomène difficile à détecter précocement.

Des symptômes qui s’intensifient avec le temps

Les manifestations du burn-out évoluent au fil du temps et s’installent souvent de manière insidieuse. Les troubles du sommeil constituent fréquemment un premier signal d’alerte, avant l’apparition d’une fatigue persistante, d’une irritabilité croissante ou d’une anxiété diffuse.

À mesure que la situation se dégrade, des difficultés de concentration peuvent apparaître, accompagnées de symptômes dépressifs, voire dans les cas les plus graves, d’idées suicidaires. Cette dynamique progressive souligne l’importance d’une détection précoce.

Burn-out en Suisse : une réalité significative

En Suisse, avant la pandémie de COVID-19, près d’un travailleur sur cinq présentait un état de burn-out au sens large. Les formes les plus sévères, nécessitant un traitement et un arrêt de travail, concernaient environ 4 % de la population active (https://smw.ch/index.php/smw/article/view/3250).

Ces chiffres illustrent à la fois l’ampleur du phénomène et la difficulté à distinguer clairement le burn-out d’autres formes d’épuisement professionnel.

Prévenir le burn-out : une approche nécessairement globale

La prévention du burn-out peut intervenir à différents niveaux, allant de l’action en amont sur les conditions de travail à l’accompagnement des situations déjà installées. Les approches les plus efficaces reposent sur une combinaison de mesures organisationnelles et individuelles.

Cependant, les interventions centrées uniquement sur l’individu montrent rapidement leurs limites. À l’inverse, les actions qui intègrent une réflexion sur l’organisation du travail, la charge, le management et les dynamiques collectives produisent des effets plus durables.

Les dispositifs de retour au travail après un burn-out clinique restent encore peu efficaces dans leur forme actuelle, même si certaines initiatives émergentes, comme le rôle de facilitateur de retour au travail en Belgique, ouvrent des perspectives intéressantes.

Sortir d’une lecture uniquement individuelle

Le burn-out ne peut pas être réduit à une fragilité individuelle ou à une incapacité à faire face au stress.

Il s’inscrit dans des environnements de travail spécifiques, marqués par des contraintes organisationnelles, des logiques de fonctionnement et des dynamiques collectives qui influencent directement la santé des personnes.

Comprendre et prévenir le burn-out implique donc d’analyser le travail tel qu’il est réellement effectué, et d’agir simultanément sur les individus, les équipes et l’organisation.

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